03 Septembre 1972, vol RK 11 (AIR AFRIQUE) - Marseille - Ouagadougou - Abidjan en DC 8 - 63.
Me voilà sur le sol ivoirien pour la première fois. Il fait chaud et très humide, on sort juste de la saison des pluies. Je suis avec ma mère et mon frère, mon père était arrivé 15 jours plus tôt.
Direction ADIOPODOUME plus connu sous le nom de KM 17. C'est le centre de recherche de l'ORSTOM, site sur lequel sont présents aussi la fondation NESTLE et l'institut PASTEUR.
Je découvre pour la première fois le cachet de nivaquine, ma première nuit avec climatiseur, ma première mygale, mon premier scorpion, l'eau filtrée, les margouillats, tous les serpents, les goliaths, les termitières, la nuit noire à 18 h 15, les odeurs de la brousse, le 'cricri' incessant des criquets, le bruit léger mais constant des 'AHUA'' dans la nuit profonde, le cri des singes au loin et puis tous ces gens noirs avec leur '' Ah Madame ! Bon'arrivée ! ''.
Puis très rapidement j'apprends à découvrir les bananes ''vertes'' mais mûres, les ananas si juteux et sucrés, la pomme d'eau, les goyaves, la cola, les mangues que l'on essaye de faire tomber de l'arbre en jetant une pierre ou un bout de bois, le manioc, l'igname, l'aloco qui deviendra rapidement mon 4 heures préféré, les frigolos, le seven UP, le fanta, le sprite, les jeux concours à l'intérieur des capsules, les bonbons mimos, les magnians et leurs colonnes interminables , les écophiles rouges, les avocats, le café, la cabosse de cacao, les noix de coco et ses fameux beignets de coco râpé sans oublier son lait pour se désaltérer, les évéas et leur sève blanche qui n'est autre que le caoutchouc brut, les agoutis, les nian-nians ( porc et pic ), les papillons de jour et de nuit toujours de plus en plus gros, le frangipanier et sa sêve blanche dont tu ne peux plus te défaire, la citronnelle, marcher pieds nus, les cocotas, les discussions avec le Boy, le jardinier ou le gardien à la lumière de la torche, les balafons, les calebasses, enfin toutes ces choses simples mais indéfinissables.
Rapidement aussi ce sont les premiers mots en DIOULA ;
A ka kéné ? ,
A ni Sogoma ?
Um ka kéné kosso bê
i fari bê di ?
um beta sougourou yini
buru béna wa ?
sé gi dia,
puis aussi rapidement arrivent les Babiê, les A gnê flé, tous ces gros mots que l'on apprend plus vite que les mathématiques.
Voilà comment en 4 ans je suis devenu un vrai petit ''villageois'' surnom que j'ai encore parmi mes plus proches amis de cette époque là.
1976 et c'est le déménagement vers Abidjan. Le ''vieux'' vient d'être muté à la Capitale et plus précisement à l'université de Cocody. En attente de logement définitif, nous sommes logés au tout nouvel hôtel du golf (qui n'est même pas fini). 2 mois plus tard, on nous attribue en catastrophe un appartement aux 8 logements, situé au carrefour St Jean de COCODY face à l'Eglise le long du boulevard LATRILLE. C'est le temps de la visite du Président de la République Française ; Valery Giscard d'Estaing, puis du tout jeune pape Jean Paul II. Un an plus tard, l'affectation définitive est pour le quartier CIDECI aux 2 plateaux, juste au dessus de la gare d'ABOBO.
Comme tout bon ''villageois'', je vais au collège d'orientation de Cocody sur la route de la riviéra, face au lycée Ste MARIE.... Et oui les bons toubabs vont à MERMOZ.
Ce sera la 6°6, la 5°6, la 4°6, la 4°3 et la 3°3.
Démarre alors le temps des émissions télé telles que : le saint, cosmos 1999, dago, l'homme de fer, mais surtout le temps des ''gazoils'' dans tout ''ABADJAM'' , des Gos (eh Dieu comme je les ai fatiguées !), des bringues du samedi soir que ce soit au ''passé simple'' au ''bagherra'' ou chez quiconque qui a un peu de musique et de la place, de l'hôtel Ivoire avec son bowling, sa patinoire et son cinéma, des maquis surtout à cocody et à ''TRECHTOWN'' et leurs famaux ''poulets bicyclettes'', alocodrome, Assinie et les week end interminables, Bassam et ses paillottes, le foutou, l'atièkè, le poulet kdjénou, l'agouti sauce graine, poulet sauce arachide, le Calalou, les crabes farcis, les langoustes, le capitaine, les courses de moto-cross au KM17 avec les frères MOULINIER, le rallye du BANDAMA et la fameuse mercédes 500 de WALDEGARD, ou l'AUDI quatro de Michèle MOUTON, des gris-gris ou des ''Gbas'', de la FLAG, du bangui, du coutoucou, du ''MAZOUT'' (whisky coca), du chorobi, des palabres et des grands frères,
Voilà comment 11 ans plus tard, j'étais un IVOIRIEN à part entière. Il ne manquait que la couleur de peau pour m'appeler YAO ou KOFFI ou GAOUSSOU ou je ne sais quoi encore mais qui m'aurait collé à merveille.
Et puis est arrivé ce 6 juillet 1983, jour où ma vie a BRUTALEMENT changé. C'est le retour défintif chez les ''Frenchies''. Il pleuvait en ce 06 juillet. A cette date beaucoup étaient déjà rentrés pour les vacances scolaires ou définitivement comme je m'apprétais à le faire. Même si j'ai redouté pendant longtemps ce jour là, j'avais pensé au déroulement de cette journée depuis des mois et des mois. Pour la dernière, il fallait que j'emmagasine le maximum de photos , d'odeurs et de souvenirs dans mon esprit. Cette dernière journée a ressemblé à un pèlerinage.
Je suis parti le matin à pied pour faire le tour du quartier CIDECI où j'habitais pour saluer tous les 'frères'' une dernière fois puis direction COCODY pour aller voir une dernière fois le quartier ST JEAN et le marché de cocody, les 8 logements où j'ai fait un bref passage, l'hôtel IVOIRE, le lycée Classique, le collège de cocody, le terrain de foot de l'université, le judo club.
Ce sera ensuite la riviéra et l'hôtel du Golf.
Par la ''vallée des parfums'' et l'Indégnié j'arrive au plateau, je passe devant le stade Félix Houphouet BOIGNY, la rue du commerce, le NAIN JAUNE, la BIMBLOTERIE, NOUAR AL HAYAT, la SIB, la PYRAMIDE, le CALAO et ses chauves souris, sans oublier le PASSE SIMPLE puis la POSTE avant de prendre le pont Houphouet Boigny pour une dernière virée dans ''TRECHTOWN'' afin de chorobiter une dernière fois. Je n'ai même pas abordé les ''toutous'' ce jour là, je n'étais pas là pour ça.
Enfin ce fût ma dernière Flag au maquis de COCODY où j'avais pris l'habitude d'aller depuis 2 ans pour un dernier poulet braisé et plein de piment. Pendant ce repas, c'est 13 années de ma vie qui défilaient dans mon esprit en pensant surtout aux plus belles choses que je ne vivrais plus et je pensais aussi au grand néant qui m'attendait derrière. Le poulet avait l'air salé plus que d'ordinaire, mais j'ai vite compris que c'était les larmes qui coulaient tout doucement sur mes joues qui lui donnaient ce goût si particulier, les mêmes larmes qui coulent aujourd'hui encore, 24 ans après, en écrivant ce texte et en repensant à cette journée. Le serveur qui a vu ma détresse m'a dit : ''Mon frère c'est pas au révoi, c'est à bientôt Oh !''. Cette visite d'adieu était avec Ghassan CHALOUB, qui est toujours au pays, mon vieux frère !
Pour tout vous dire, je n'ai plus beaucoup parlé jusqu'à l'aéroport. De toute façon pour dire quoi ... sinon que l'on m'arrachait le coeur et l'âme.
Avant de monter dans l'avion, je n'ai pas pu m'empêcher d'embrasser le sol et puis le décollage, Hum ! Abidjan la nuit que c'est beau !
Mes yeux étaient bien rouges à l'arrivée à MARSEILLE mais cela ne venait pas de la fatigue vous vous en doutez.
..........Dieu que c'est dur de faire pousser une plante tropicale en France !
06 Juillet 1983, vol UT 868 (UTA) - Abidjan - Marseille en DC 10 .
Me voilà sur le sol ivoirien pour la première fois. Il fait chaud et très humide, on sort juste de la saison des pluies. Je suis avec ma mère et mon frère, mon père était arrivé 15 jours plus tôt.
Direction ADIOPODOUME plus connu sous le nom de KM 17. C'est le centre de recherche de l'ORSTOM, site sur lequel sont présents aussi la fondation NESTLE et l'institut PASTEUR.
Je découvre pour la première fois le cachet de nivaquine, ma première nuit avec climatiseur, ma première mygale, mon premier scorpion, l'eau filtrée, les margouillats, tous les serpents, les goliaths, les termitières, la nuit noire à 18 h 15, les odeurs de la brousse, le 'cricri' incessant des criquets, le bruit léger mais constant des 'AHUA'' dans la nuit profonde, le cri des singes au loin et puis tous ces gens noirs avec leur '' Ah Madame ! Bon'arrivée ! ''.
Puis très rapidement j'apprends à découvrir les bananes ''vertes'' mais mûres, les ananas si juteux et sucrés, la pomme d'eau, les goyaves, la cola, les mangues que l'on essaye de faire tomber de l'arbre en jetant une pierre ou un bout de bois, le manioc, l'igname, l'aloco qui deviendra rapidement mon 4 heures préféré, les frigolos, le seven UP, le fanta, le sprite, les jeux concours à l'intérieur des capsules, les bonbons mimos, les magnians et leurs colonnes interminables , les écophiles rouges, les avocats, le café, la cabosse de cacao, les noix de coco et ses fameux beignets de coco râpé sans oublier son lait pour se désaltérer, les évéas et leur sève blanche qui n'est autre que le caoutchouc brut, les agoutis, les nian-nians ( porc et pic ), les papillons de jour et de nuit toujours de plus en plus gros, le frangipanier et sa sêve blanche dont tu ne peux plus te défaire, la citronnelle, marcher pieds nus, les cocotas, les discussions avec le Boy, le jardinier ou le gardien à la lumière de la torche, les balafons, les calebasses, enfin toutes ces choses simples mais indéfinissables.
Rapidement aussi ce sont les premiers mots en DIOULA ;
A ka kéné ? ,
A ni Sogoma ?
Um ka kéné kosso bê
i fari bê di ?
um beta sougourou yini
buru béna wa ?
sé gi dia,
puis aussi rapidement arrivent les Babiê, les A gnê flé, tous ces gros mots que l'on apprend plus vite que les mathématiques.
Voilà comment en 4 ans je suis devenu un vrai petit ''villageois'' surnom que j'ai encore parmi mes plus proches amis de cette époque là.
1976 et c'est le déménagement vers Abidjan. Le ''vieux'' vient d'être muté à la Capitale et plus précisement à l'université de Cocody. En attente de logement définitif, nous sommes logés au tout nouvel hôtel du golf (qui n'est même pas fini). 2 mois plus tard, on nous attribue en catastrophe un appartement aux 8 logements, situé au carrefour St Jean de COCODY face à l'Eglise le long du boulevard LATRILLE. C'est le temps de la visite du Président de la République Française ; Valery Giscard d'Estaing, puis du tout jeune pape Jean Paul II. Un an plus tard, l'affectation définitive est pour le quartier CIDECI aux 2 plateaux, juste au dessus de la gare d'ABOBO.
Comme tout bon ''villageois'', je vais au collège d'orientation de Cocody sur la route de la riviéra, face au lycée Ste MARIE.... Et oui les bons toubabs vont à MERMOZ.
Ce sera la 6°6, la 5°6, la 4°6, la 4°3 et la 3°3.
Démarre alors le temps des émissions télé telles que : le saint, cosmos 1999, dago, l'homme de fer, mais surtout le temps des ''gazoils'' dans tout ''ABADJAM'' , des Gos (eh Dieu comme je les ai fatiguées !), des bringues du samedi soir que ce soit au ''passé simple'' au ''bagherra'' ou chez quiconque qui a un peu de musique et de la place, de l'hôtel Ivoire avec son bowling, sa patinoire et son cinéma, des maquis surtout à cocody et à ''TRECHTOWN'' et leurs famaux ''poulets bicyclettes'', alocodrome, Assinie et les week end interminables, Bassam et ses paillottes, le foutou, l'atièkè, le poulet kdjénou, l'agouti sauce graine, poulet sauce arachide, le Calalou, les crabes farcis, les langoustes, le capitaine, les courses de moto-cross au KM17 avec les frères MOULINIER, le rallye du BANDAMA et la fameuse mercédes 500 de WALDEGARD, ou l'AUDI quatro de Michèle MOUTON, des gris-gris ou des ''Gbas'', de la FLAG, du bangui, du coutoucou, du ''MAZOUT'' (whisky coca), du chorobi, des palabres et des grands frères,
Voilà comment 11 ans plus tard, j'étais un IVOIRIEN à part entière. Il ne manquait que la couleur de peau pour m'appeler YAO ou KOFFI ou GAOUSSOU ou je ne sais quoi encore mais qui m'aurait collé à merveille.
Et puis est arrivé ce 6 juillet 1983, jour où ma vie a BRUTALEMENT changé. C'est le retour défintif chez les ''Frenchies''. Il pleuvait en ce 06 juillet. A cette date beaucoup étaient déjà rentrés pour les vacances scolaires ou définitivement comme je m'apprétais à le faire. Même si j'ai redouté pendant longtemps ce jour là, j'avais pensé au déroulement de cette journée depuis des mois et des mois. Pour la dernière, il fallait que j'emmagasine le maximum de photos , d'odeurs et de souvenirs dans mon esprit. Cette dernière journée a ressemblé à un pèlerinage.
Je suis parti le matin à pied pour faire le tour du quartier CIDECI où j'habitais pour saluer tous les 'frères'' une dernière fois puis direction COCODY pour aller voir une dernière fois le quartier ST JEAN et le marché de cocody, les 8 logements où j'ai fait un bref passage, l'hôtel IVOIRE, le lycée Classique, le collège de cocody, le terrain de foot de l'université, le judo club.
Ce sera ensuite la riviéra et l'hôtel du Golf.
Par la ''vallée des parfums'' et l'Indégnié j'arrive au plateau, je passe devant le stade Félix Houphouet BOIGNY, la rue du commerce, le NAIN JAUNE, la BIMBLOTERIE, NOUAR AL HAYAT, la SIB, la PYRAMIDE, le CALAO et ses chauves souris, sans oublier le PASSE SIMPLE puis la POSTE avant de prendre le pont Houphouet Boigny pour une dernière virée dans ''TRECHTOWN'' afin de chorobiter une dernière fois. Je n'ai même pas abordé les ''toutous'' ce jour là, je n'étais pas là pour ça.
Enfin ce fût ma dernière Flag au maquis de COCODY où j'avais pris l'habitude d'aller depuis 2 ans pour un dernier poulet braisé et plein de piment. Pendant ce repas, c'est 13 années de ma vie qui défilaient dans mon esprit en pensant surtout aux plus belles choses que je ne vivrais plus et je pensais aussi au grand néant qui m'attendait derrière. Le poulet avait l'air salé plus que d'ordinaire, mais j'ai vite compris que c'était les larmes qui coulaient tout doucement sur mes joues qui lui donnaient ce goût si particulier, les mêmes larmes qui coulent aujourd'hui encore, 24 ans après, en écrivant ce texte et en repensant à cette journée. Le serveur qui a vu ma détresse m'a dit : ''Mon frère c'est pas au révoi, c'est à bientôt Oh !''. Cette visite d'adieu était avec Ghassan CHALOUB, qui est toujours au pays, mon vieux frère !
Pour tout vous dire, je n'ai plus beaucoup parlé jusqu'à l'aéroport. De toute façon pour dire quoi ... sinon que l'on m'arrachait le coeur et l'âme.
Avant de monter dans l'avion, je n'ai pas pu m'empêcher d'embrasser le sol et puis le décollage, Hum ! Abidjan la nuit que c'est beau !
Mes yeux étaient bien rouges à l'arrivée à MARSEILLE mais cela ne venait pas de la fatigue vous vous en doutez.
..........Dieu que c'est dur de faire pousser une plante tropicale en France !
06 Juillet 1983, vol UT 868 (UTA) - Abidjan - Marseille en DC 10 .




